L’usine nouvelle

n°2878
3 juillet 2003 – Emmanuelle Souffi

 » Des fermetures qui font mal »

Aujourd’hui « payés à ne rien faire » jusqu’en juin 2004, les ex-Lu souffrent, souvent en silence dans leur coin.

Leur situation est loin d’être un cas unique. Toutes les fermetures d’usine font mal. Conscientes des dommages moraux et physiques qu’elles peuvent engendrer, les directions sont souvent démunies pour y remédier. « Rien n’est prévu. Si besoin est, on envoie le DRH au charbon » déplore Clothilde Lizion, psychologue du cabinet Présence Psychologique, spécialisé dans la gestion d’évènements traumatiques.
Quelques grands groupes affectent une poignée de « psy » à la cellule emploi, au cas où… C’est ce qui a été fait chez Matra, à Romorantin (Loir et Cher). Mais le soutien est souvent ponctuel alors que la souffrance peut mettre du temps à s’exprimer. Et il est rarement préventif. Si Clothilde Lizion est intervenue dans une PME de l’agroalimentaire qui licenciait, c’est après le suicide d’un ouvrier. La mort, pour certains, est la seule issue. Chez Matra, depuis l’annonce de la mise en vente du site il y a plus d’un an, quatre suicides ont été enregistrés d’après la CGT.
Une double souffrance:
Principauc maux rencensés par un groupe de médecins du travail en Isère en 1998 et dans des entreprises du Rhone-Alpes 5Renault Trucks, Kodak industrie, …).
Des troubles psychiques et physiques: problème de sommeil, crises d’angoisse, dépressions soucis gastriques, poussées d’eczémas, de psoriasis, infarctus, cancers.
Un malaise psychologique: perte d’identité professionnelle, absence de confiance en soi et envers autrui, sentiment d’incompréhension, démotivation.

Un déficit d’écoute

L’histoire de la fermeture de Chausson, en 1996, prouve qu’en dépit d’un plan social exemplaire, les blessures ne s’effacent pas. « Même chez ceux qui ont retrouvé un emploi, trois ans après, il restait une brisure extrêment grave, liée à une disqualification du passé, analyse Danielle Linhart, directrice de recherche au CNRS et auteur de « Perte d’emploi, perte de soi » (Ed. Erès), un document sur les ex-Chausson. « Du jour au lendemain, on leur renvoie une image d’inadaptabilité, comme s’ils étaient frappés d’obsolescence. Ils perdent un monde où ils avaient une utilité pour un autre fait de précarité, de mobilité, qui leur est étranger. »
Le deuil du passé, indispensable à la réinsertion, est rendu d’autant plus difficile par l’incompréhension de la restructuration, comme chez Matra et Lu. Le traumatisme est décuplé par l’absence de légitimité de la fermeture », constate Danielle Linhart. Un phénomène qui pourrait être amoindri avec un peu de pédagogie. « Il y aurait moins d’angoisse si les directions communiquaient mieux et si elles reconnaissaient la souffrance des licenciés », estime Clothilde Lizion. La mise en place d’espaces de parole et d’écoute spécifiques pourrait permettre aux plus meurtris d’éviter de sombrer dans le chômage de longue durée.
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